Les plateformes d’autoédition voient se multiplier les livres rédigés avec l’aide de l’intelligence artificielle générative. Dans une enquête publiée par Le Monde, le phénomène est observé notamment sur Kindle Direct Publishing (KDP), le service d’Amazon qui permet aux auteurs de publier directement leurs ouvrages.
Une production facilitée par les outils génératifs
Depuis le lancement du premier chatbot, en novembre 2022, les textes produits par des outils d’IA ont gagné du terrain dans l’autoédition. La progression ne tient pas uniquement à la démocratisation de ces applications ou à l’amélioration de leurs performances. Elle s’inscrit aussi dans l’organisation même d’un secteur où aucun éditeur ne filtre les manuscrits avant leur mise en ligne.
Ce fonctionnement attire des profils très différents. Certains auteurs publient par loisir ou par passion. D’autres abordent le livre comme une activité entrepreneuriale, avec l’objectif d’en produire plusieurs et d’en tirer des revenus. Sans maison d’édition, le créateur prend en charge l’ensemble du processus, de l’écriture à la commercialisation.
« Pour la plupart des écrivains autoédités, écrire et publier est un loisir et une passion. Pour d’autres, produire des livres en série n’est qu’une façon de gagner de l’argent. »
Stéphanie Parmentier, chercheuse et autrice de Quand l’IA tue la littérature (PUF, 2025), citée par Le Monde
KDP au centre d’une logique de volume
La chercheuse Stéphanie Parmentier décrit un univers allant de l’écrivain occasionnel à l’auto-entrepreneur intéressé par la rentabilité. Dans ce modèle, les outils génératifs peuvent réduire le temps nécessaire à la production de textes et faciliter la publication en série. L’enjeu dépasse donc la seule question de l’assistance à l’écriture : il concerne aussi la visibilité des ouvrages et la concurrence entre contenus sur les marketplaces.
La chercheuse en sciences de l’information et de la communication Sylvie Bosser estime que KDP s’est développé autour d’une promesse de revenus rapides. Cette incitation économique contribue à attirer des utilisateurs qui considèrent l’autoédition comme une activité commerciale plutôt que comme un simple espace de création.
« Dès le départ, le discours assumé a été de dire aux gens : “Vous allez gagner très rapidement de l’argent”. »
Sylvie Bosser, chercheuse en sciences de l’information et de la communication, citée par Le Monde
- Depuis 2022, les textes générés par IA se multiplient dans l’autoédition.
- KDP permet de publier sans passer par un éditeur traditionnel.
- Le secteur réunit auteurs amateurs et producteurs de livres guidés par la rentabilité.
L’affaire C’était ça ou mourir, publié chez Grasset, a ravivé les inquiétudes du monde éditorial francophone. Pour autant, l’enquête de Le Monde replace cette alerte dans une évolution plus ancienne : la diffusion massive de contenus générés par IA dans un écosystème où l’accès à la publication reste ouvert.